Connaître une histoire

L’Église en Vendée depuis le concordat

st-hilaire-de-loulay-retour-de-mission-1936La bulle Qui Christi Domini du 29 novembre 1801 supprime le diocèse de Luçon ; l’autorité est exercée par M. Paillou, ancien vicaire général de Mgr de Mercy, alors vicaire général de l’évêque de La Rochelle, auquel il succédera en février 1805. La tâche est immense et les moyens très limités. Un tableau, dressé en 1805 par le préfet de la Vendée, fait état, dans le département, de 327 communes et de 227 prêtres, la plupart âgés ou usés par les
épreuves de l’exil ou de la clandestinité ; le décret du 15 novembre 1811 portant suppression de
34 bis - Gabriel Laurent Paillou, ancien vicaire gen. Luçon eveque de la Rochelles petits séminaires ne facilitera pas leur remplacement. Sur les 292 églises portées sur les enquêtes administratives de 1802 et de 1808, plus de la moitié portent la mention : « édifice incendié, ne sert pas au culte » ou « l’église a été vendue » ou « il n’existe que les murs de cet édifice », etc. La remise en état des églises et des presbytères sera une des préoccupations majeures de Mgr Paillou. Quant à la restauration spirituelle, elle sera inaugurée par les établissements réguliers. Les anciens couvents rouvrent leurs portes et déjà apparaissent de nouvelles fondations : Louis-Marie Baudouin fonde les ursulines de Jésus en 1802 et, sous un autre nom, les fils de Marie Immaculée en 1808 ; Pierre Monnereau fonde la congrégation des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie en 1818. Le grand et le petit séminaires fonctionnent à Chavagnes-en-Paillers de 1804 à 1812, puis à La Rochelle et Saint-Jean-d’Angély jusqu’en 1821.

35 - René François SoyerL’année 1821 marque le retour de l’évêché à Luçon. Mgr René-François Soyer, un Angevin, nommé dès la promulgation du concordat de 1817, devra attendre quatre années pour prendre possession de son diocèse. Dès son arrivée, il s’attachera à compléter la restauration des églises, souvent rendues au culte dans un état précaire : la restauration de la cathédrale ne sera terminée qu’en 1840. La reconstruction spirituelle n’ira pas sans lui causer quelques soucis car, en 1825, il manque encore environ 150 prêtres, malgré l’ouverture, en 1822, d’un second petit séminaire aux Sables-d’Olonne. À sa mort, en 1845, Mgr Soyer laisse à ses successeurs un diocèse relativement prospère.

36 - Joseph BaillèsNommé à l’évêché de Luçon par ordonnance du 15 août 1845, Mgr Jacques-Marie-Joseph Baillès, vicaire général de Toulouse, prit pour modèle saint Charles Borromée dont il voulut appliquer les règlements à la lettre, sans songer que le clergé de Luçon, au milieu du XIXe siècle, avait peut-être moins besoin de réformes que celui de Milan à l’époque du concile de Trente. Résolument légitimiste sous le Second Empire, il eut de sérieux démêlés avec le gouvernement impérial qui obtint du pape sa démission en 1856.

Mgr François Augustin Delamare, vicaire général de Coutances, qui lui succéda eut tôt fait, par son aménité et ses bonnes relations avec le gouvernement, de ramener le calme dans le diocèse ; il reçut en récompense l’archevêché d’Auch, après six années de présence en Vendée. Mgr Charles-Théodore Colet, vicaire général de Dijon, nommé à l’évêché de Luçon par ordonnance du 5 juin 1861, a laissé, sous des allures un peu austères et malgré quelques vivacités de langage, le souvenir d’un homme de cœur. Très attaché à son diocèse, il eut le mérite de refuser plusieurs archevêchés, mais fut contraint par le pape d’accepter celui de Tours en 1874. Mgr Jules-François Lecoq, curé de Saint-Jean de Caen, ordonné évêque dans son église paroissiale, arriva en mai 1875 à Luçon où il ne resta que deux ans. Nommé évêque de Nantes en juillet 1877, il y finira ses jours à Noël 1892.

Sous la IIIe République, le diocèse de Luçon n’aura guère connu que deux évêques : Mgr Clovis-Nicolas-Joseph Catteau, de 1877 à 1915, et Mgr Gustave-Lazare 40 - Clovis CatteauGarnier, de 1916 à 1940. Avec la prise du pouvoir par les républicains d’esprit laïque, s’ouvre pour l’Église de France une période de vicissitudes et de luttes qui se prolongera près de quarante années : le temps de l’épiscopat de Mgr Catteau. Mais le nouvel évêque a la carrure et le tempérament d’un lutteur que ni les lois de laïcisation
de l’enseignement de 1882 et 1886, ni la loi de sécularisation des congrégations de 1901, ni la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 n’empêcheront d’ouvrir 2 collèges secondaires et 274 écoles primaires et de construire 75 églises. L’épiscopat de Mgr Garnier, inauguré en pleine guerre de 1914-1918 et achevé au début de la Seconde Guerre mondiale, sera moins agité : heureusement, car le nouveau prélat n’a rien d’un lutteur. Il récoltera sagement les fruits de l’action vigoureuse de son prédécesseur et de l’apaisement des conflits religieux. Les collèges et les écoles libres seront florissants et la présence dans les séminaires de 600 aspirants au sacerdoce lui permettra d’ordonner 404 prêtres au cours de ses vingt-trois années d’épiscopat.

Classe primaire d'une école libre en Vendée vers 1885

Classe primaire d’une école libre en Vendée vers 1885

 

Mgr CazauxAprès un veuvage de près de deux ans (Mgr Charles Massé, ancien auxiliaire de Mgr Garnier, assurant sans heurt l’intérim), l’Église de Luçon retrouve un évêque en la personne de Mgr Antoine-Marie Cazaux. Il partagera avec Mgr Catteau le titre d’« évêque des écoles », se mettant, dès 1945, à la tête du mouvement de protestation contre le retrait des subsides aux écoles libres qui aboutira, en 1951, au vote des lois Marie et Barangé et, en 1959, à la loi Debré. L’extraordinaire floraison des vocations en Vendée l’amènera à construire et ouvrir, en 1950, le séminaire Jean XXIII des Herbiers et, en 1958, le séminaire d’aînés de la Flocellière. Convaincu par expérience personnelle de l’efficacité de l’Action catholique, il assumera lui-même la direction des Œuvres pendant de longues années. Le pape Paul VI rendra hommage à ce grand évêque en lui écrivant, à l’occasion de ses 25 années d’épiscopat : « Sans aucune crainte, sans jamais manquer d’audace, vous avez réalisé l’idéal proposé par votre devise épiscopale si riche de sens en dépensant votre activité de multiples manières. » Il démissionna en 1967 et mourut à Luçon en 1975.

Classe tenue par les soeurs des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie, dite soeurs de Mormaison

Classe tenue par les soeurs des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie, dite soeurs de Mormaison

Bénédiction du Petit séminaire des Herbiers, 1950.

Bénédiction du Petit séminaire des Herbiers, 1950

Mgr Charles Paty, professeur d’Écriture sainte puis supérieur du grand séminaire de Rennes, fut nommé évêque auxiliaire de Mgr Cazaux le 3 janvier 1966 et devint son coadjuteur. Le 4 juillet 1967, il prit la charge de l’Église de Luçon et l’exerça jusqu’au 25 mars 1991. Ordonné évêque dès la conclusion du concile Vatican II, il consacra toute son énergie à la mise en œuvre des orientations conciliaires. Il fit passer avec courage au diocèse le cap conciliaire, durant des années de critiques et de contestations vécues tant la société que dans l’Église. On lui doit : la mise en place de la formation permanente des laïcs et des prêtres, l’appel des premiers diacres permanents, la réorganisation des finances et de l’économat diocésain, la préparation de la réforme des paroisses. Parallèlement, le nombre de vocations sacerdotales chute de manière importante, le grand séminaire de Luçon ferme en 1972. Les diocèses des Pays de la Loire regroupent la formation de leurs futurs prêtres entre Angers et Nantes.

lourdes-aout-1973-copie

Pèlerinage diocésain à Lourdes en 1973, au centre Mgr Paty.

 

 

31-aout-1990-mgr-garnier-nomme-coadjuteurMgr François Garnier, est vicaire général de Dijon lorsqu’il est nommé évêque coadjuteur de Mgr Paty, le 31 août 1990. Ordonné évêque le 21 octobre 1990 à La Roche-sur-Yon. Il est devenu, le 25 mars 1991, le 44e titulaire du siège épiscopal de Luçon jusqu’à sa nomination au siège de Cambrai le 7 décembre 2000. De nombreux rassemblements et évènements auront jalonné ces 10 années : le bicentenaire des Guerres de Vendée, la venue de Jean-Paul II à Saint-Laurent-sur-Sèvre en 1996, une Année de la famille, une Année du dimanche, ainsi que le Grand jubilé de l’an 2000. L’épiscopat de Mgr Garnier est marqué par un constant souci d’adaptation pour proposer le message du Christ. En 1995, il écrit une lettre pastorale à l’intention des jeunes. « Dieu ne veut que ton bonheur » aborde ainsi des thèmes comme l’amour, la sexualité, la cohabitation, la famille, l’Église. Une pastorale de la communication se met en place progressivement avec la création de RCF Vendée, la rénovation de la Maison du diocèse, la modernisation de la revue diocésaine et, sur le registre de la mission des laïcs, création du conseil pastoral de l’Église diocésaine. Son épiscopat a été marqué par le développement des animateurs laïcs en pastorale, mais surtout par la création de 59 nouvelles paroisses à la Pentecôte 1997.

jmj-de-rome-2000-delegation-vendeenne

Délégation vendéenne aux JMJ de Rome (2000)

Mgr Michel Santier, prêtre et vicaire épiscopal du diocèse de Coutances, est nommé évêque de Luçon le 19 juin 2001, et ordonné le 23 septembre suivant à La Roche-sur-Yon. Issu du Renouveau charismatique et fondateur de la communauté « Réjouis-toi », il fut membre, dès 2001, du comité épiscopal pour le Renouveau charismatique de la Conférence des évêques de France. Mgr Santier a engagé le diocèse dans une démarche synodale (2005-2006) dont le point d’orgue fut la promulgation des orientations synodales, à Saint-Laurent-sur-Sèvre le 4 juin 2006. Près de 17 000 vendéens, réunis pendant plusieurs mois en 2150 équipes synodales feront vivre cette démarche ecclésiale. Le 4 septembre 2007, il est nommé par le Pape évêque de Créteil.

Fête du Synode en 2006

Fête du Synode en 2006

+Voir plus

La tourmente révolutionnaire

_MG_8114La révolution de 1789 fut la grande épreuve de l’Église vendéenne. L’exécution du roi Louis XVI et la levée de 300 000 hommes ne furent que l’occasion du soulèvement : la raison profonde en fut la persécution de l’Église et du clergé. Si l’Assemblée nationale, a pu déclarer Mgr Chappoulie, évêque d’Angers, n’avait pas porté atteinte à la constitution de l’Église, si elle n’avait pas persécuté les prêtres en les obligeant à un serment schismatique contraire à leur vocation et à leur foi, la guerre de Vendée n’aurait pas eu lieu. La suppression de l’ordre du clergé, la confiscation de ses biens et la fermeture des monastères en 1790, le vote de la Constitution civile du clergé, le 12 juillet de la même année, l’élection de l’évêque constitutionnel de la Vendée par 57 voix sur 498 inscrits, le 2 mai 1791, l’élection de 26 curés assermentés pour le district des Sables-d’Olonne, trois semaines plus tard, ne laisseront pas insensibles les Vendéens, très attachés à l’Église catholique et à ses prêtres. Lorsqu’il s’est agi de prendre position sur la question de la légitimité du serment de fidélité à la Constitution civile du clergé, l’évêque de Luçon, Mgr de Mercy, a été très net : J’excepterai de mon serment tout ce qui regarde les choses spirituelles ; serment restrictif, donc sans valeur. Il sera largement suivi par son clergé. Sur 483 prêtres au service des paroisses en 1791, 142, soit 29 % seulement, prêteront serment et ne reviendront pas sur leur décision. Quel sera le sort des 341 curés et vicaires et des autres prêtres qui auront refusé le serment ? Dès le mois de septembre 1791, un arrêté du directoire du département enjoint à tous les prêtres du diocèse nés hors du département de quitter sans délai la Vendée. La véritable persécution commence avec le décret de la Législative en date du 26 août 1792 qui donne quinze jours aux prêtres insermentés pour quitter la France ; passé ce délai, ils seront déportés en Guyane ou punis de mort s’ils restent clandestinement sur le territoire de la République. C’est à cette date que 234 prêtres quittent le diocèse pour l’Espagne ou d’autres pays, préférant l’exil au serment.

Les années 1793 et 1794 voient les persécutions se doubler d’une guerre civile car la Vendée, notamment le bocage et le marais breton, refuse le nouveau régime et sa politique religieuse, non_MG_4961 moins que la conscription de 300 000 hommes qui sera l’occasion de la rupture. Cette guerre fait des milliers de victimes, notamment après la défaite de Savenay, en décembre, qui provoquera les expéditions punitives du général Turreau. Après la chute de Robespierre, la Convention signe avec la Vendée le traité de la Jaunaye, le 12 février 1795, qui accorde, en échange de la reconnaissance de la République, l’exemption de l’impôt et de toute conscription et surtout le libre exercice du culte.

Néanmoins, après le 18 brumaire, la liberté du culte sera conditionnée par la promesse de fidélité à la Constitution de l’an VIII que Mgr de Mercy estime sage de ne pas refuser : Si le retour à nos saintes fonctions, écrit-il à son vicaire général, nous est permis sous la condition de promettre fidélité à la Constitution, nous le promettons avec sincérité, sans juger le mérite politique de cette Constitution.

Dès lors, les prêtres rentrent d’exil. Mais le diocèse qui comptait 483 prêtres affectés au ministère paroissial en 1791 n’en compte plus que 248 en 1801 : 248 parmi lesquels 70 ont plus de 60 ans et 3 seulement moins de 35 ans. La suppression du diocèse de Luçon en vertu du Concordat de 1801 et le rattachement de la Vendée au diocèse de La Rochelle n’arrangeront rien. Il faudra à notre Église un demi-siècle de ténacité et l’action d’hommes providentiels pour se remettre d’une aussi longue et douloureuse épreuve.

+Voir plus

Les XVIIe et XVIIIe siècles

Le Père de Montfort en mission en Bas-Poitou - Eglise de Bourneau

Mgr Armand-Jean Du Plessis de Richelieu (1606-1623) commence son épiscopat par un discours bienveillant à l’égard des protestants. Il se soucie de la formation des prêtres et crée le premier séminaire du diocèse de Luçon en 1612. Pour son clergé, il rédige L’Instruction du chrétien, sorte de catéchisme divisé en 28 chapitres destiné à la prédication des prêtres. L’évêque visite les paroisses de son diocèse. Il rédige quelques ouvrages à tonalité spirituelle, La Perfection du chrétien, ou, pour amener les protestants à la conversion, Traité qui contient la méthode la plus facile et la plus assurée pour convertir ceux qui se sont séparés de l’Église. Il renonce à son ministère d’évêque de25 - Jean-Armand Duplessis de Richelieu Luçon après sa nomination comme cardinal, en 1622. Les évêques du XVIIe siècle vont faire en sorte de poursuivre la mission entreprise, notamment à destination du clergé. C’est ainsi que Mgr Émery de Bragelogne (1623-1635), doyen de l’église Saint-Martin de Tours, fait venir les capucins à Luçon (1627) et favorise l’implantation des ursulines, venues de Niort, dans la cité épiscopale (1631). Il publie des ordonnances synodales destinées aux curés pour « faire le prône, le catéchisme ». Son successeur, Mgr Pierre Nivelle, abbé de l’abbaye de Saint-Sulpice-en-Bugey (1636-1661), fait appel aux lazaristes, prêtres de la Mission.

 

M28 - Nicolas Colbertgr Nicolas Colbert (1661-1671), frère du ministre de Louis XIV, prêtre du diocèse de Reims, obtient les lettres patentes du roi qui autorisent la fondation du séminaire de Luçon. Il crée les conférences ecclésiastiques dans son diocèse, mais son épiscopat est marqué par la dégradation de la façade de la cathédrale à la suite de la chute du clocher. Mgr Colbert est transféré à l’évêché d’Auxerre.

 

Mgr Henry de Barrillon (1672-1699), prêtre du diocèse de Paris, poursuit l’œuvre entreprise par son prédécesseur : fondation du séminaire et restauration de la façade de la cathédrale, confiée à François Le Duc de Toscane. Il fait venir les Filles de la Charité à Luçon. Il obtient les lettres patentes du roi pour la fondation des hôpitaux de Luçon et des Sables-d’Olonne. Il publie, avec les évêques d’Angers et de La Rochelle, un catéchisme controversé, « le catéchisme des trois Henri ». On reproche au document une tendance janséniste. L’évêque visite des paroisses entre 1673 et 1677, poursuit les conférences ecclésiastiques. Il accepte l’implantation des religieuses de l’Union chrétienne qui fondent le couvent « des Nouvelles Converties » appelé par la suite « couvent de l’Union chrétienne ». L’évêque se montre soucieux de la situation des plus pauvres dans sa ville. Il fait don de sommes importantes pour leur venir en aide, à plusieurs reprises. Il meurt à Paris, mais il a souhaité que son cœur soit déposé dans la cathédrale de Luçon.

30 - Jean-François de LescureMgr Jean-François de Lescure (1699-1723), chanoine et vicaire général d’Albi, poursuit les conférences ecclésiastiques. Il fait appel aux jésuites pour la direction du séminaire. L’évêque doit affronter, avec l’évêque de La Rochelle, une vive réaction du cardinal de Noailles, proche du roi Louis XIV. La querelle janséniste n’a pas encore atteint son apogée dans le diocèse.

Mgr de Rabutin de Bussy (1724-1736), vicaire général du diocèse d’Arles, n’entre pas dans cette querelle. Il visite les couvents de Luçon, réunit un synode, publie un catéchisme pour le diocèse, rassemble des conférences ecclésiastiques. Élu à l’Académie française en 1732, il meurt peu après, en 1736. Mgr Samuel Guillaume de Verthamon de Chavagnac (1736-1758) vient du diocèse de Limoges où il était vicaire général. Ses idées favorables au jansénisme lui provoquent quelques inimitiés. Les relations avec le clergé diocésain, les congrégations religieuses sont très tendues. En 1753, un incendie se déclare à l’évêché : on conclut à un incendie criminel. Mgr Claude Antoine Jacquemet-Gaultier d’Ancyse (1758-1775), originaire du diocèse de Besançon, aura le mérite de pacifier le diocèse de Luçon. Il réunit un synode qui se déroule en deux temps à la suite d’une opposition de quelques membres du clergé. Il publie un catéchisme pour le diocèse, un rituel et un prône pour les dimanches de l’année. On lui doit aussi la rénovation de la totalité du chœur de la cathédrale. Évêque « pacificateur et mécène » qui n’a pas oublié les pauvres de l’hôpital de Luçon où il a fait aménager une nouvelle salle, la salle Saint-Côme, Mgr Gaultier d’Ancyse fait de l’hôpital de Luçon son légataire universel.

34 - Charles Isidore de MercyMgr Marie-Charles-Isidore de Mercy (1776-1801) était vicaire général de Sens. Il effectue pendant six mois une visite pastorale des paroisses du diocèse (1777-1778). Il demande une aide financière pour les séminaristes issus de familles pauvres. Pour participer aux états généraux en mai 1789, il quitte son diocèse le 14 avril et n’y reviendra jamais. Il demande que les prêtres déposent l’argenterie non indispensable dans les mairies du département. Après son refus de prêter serment à la Constitution civile du clergé, il refuse de démissionner de sa fonction d’évêque et demande aux fidèles de ne pas reconnaître l’évêque élu. Durant son exil, il entretient une abondante correspondance avec son clergé pour le soutenir dans l’épreuve, lui donner quelques instructions.

procession-devant-la-cathedrale-de-lucon-fin-du-xviiie-siecle-dessin-par-tavernier-des-jonquieres-musee-vendee-fontenay-le-comte-copie

 

+Voir plus

Les guerres religieuses

Calvinistes_détruisant_les_images_des_églisesLes historiens, qu’ils en comptent trois, cinq, sept ou huit, sont unanimes pour situer les guerres religieuses du XVIe siècle entre les années 1562 et 1598 : 1562, parce que c’est le 25 mars de cette année, au lendemain du massacre de Wassy, que Théodore de Bèze, disciple de Calvin et son successeur à Genève, adresse un appel aux Églises réformées de France, les pressant d’entrer en lutte contre les catholiques ; 1598, parce que l’édit de Nantes, signé le 13 avril, mettra un terme provisoire aux luttes religieuses. Cependant, le rétablissement forcé du catholicisme en Béarn par le roi Louis XIII, en 1620, rallumera une guerre qui aura ses répercussions jusque dans le marais vendéen de Riez et ne se terminera que par la capitulation de La Rochelle en 1628.

De Genève où il s’installe définitivement en 1541, Jean Calvin envoie des missionnaires en France. Dès cette année, Philippe Véron, dit le Ramasseur, prêche à Fontenay. Ses premiers adeptes viennent de la petite noblesse ou de la bourgeoisie, mais aussi du clergé dont l’ignorance est grande et la vertu douteuse. Le massacre de Wassy en Champagne ouvrira les hostilités. Cinq semaines plus tard, le 30 avril 1562, des bandes à la solde des réformés pénètrent dans la ville de Luçon, détruisent les autels, statues, reliquaires et ornements de la cathédrale et, après avoir pillé les autres églises, Saint-Mathurin, Saint-Philbert et la l'ancien eveché de Luçon avant sa reconstruction (credit Archives de la Vendée dessin de 1857 Just Lisch)Madeleine, installent une garnison dans la cathédrale. Dans le même temps, des hommes recrutés par le seigneur de Sainte-Gemme parcourent le diocèse, dévastant les églises, y entravant l’exercice du culte catholique, contraignant les prêtres à s’enfuir. Le synode, convoqué à l’automne de 1564 par l’évêque de Luçon, est l’occasion d’un appel au roi auquel répond bientôt le pacte d’association mutuelle des gentilshommes réformés et de leurs pasteurs réunis à Pouzauges. La paix de Longjumeau, le 27 mars 1568, donne aux huguenots la place de La Rochelle que rejoignent aussitôt le prince de Condé et l’amiral de Coligny. Et les exactions de reprendre de plus belle : l’évêque et le chapitre se réfugient à Nantes puis à Poitiers. Luçon est prise et reprise plusieurs fois, de même que Fontenay ; l’abbaye fortifiée de Saint-Michel-en-l’Herm est attaquée en janvier 1569, ses défenseurs massacrés, ses bâtiments démolis.

À cette époque, la communauté protestante du Bas-Poitou compte treize églises pourvues de pasteurs : l’existence même de ces églises témoigne de la vitalité de la religion nouvelle, mais la paix de Saint-Germain, du 8 août 1570, fut de trop courte durée pour que fût possible une véritable organisation de l’Église réformée bas-poitevine. En effet, le massacre de la Saint-Barthélemy va donner le signal d’une nouvelle guerre dont Fontenay et Luçon feront, une fois de plus, les frais. Plus de vingt ans plus tard eut lieu, à la Tardière, un massacre de protestants qui, pour avoir fait moins de bruit que celui de Wassy, n’en fut pas moins odieux. Le dimanche 13 août 1595, une bande de ligueurs fait irruption dans une grange du hameau de la Brossardière où sont assemblés pour le prêche les protestants de la région de la Châtaigneraie : on dénombra 31 morts, de quatre à soixante-quinze ans, et 33 blessés.

salle capitulaire abbaye st michel en l'hermLe 13 avril 1598, le roi Henri IV, ayant fait la paix avec les derniers ligueurs, décide de donner aux Églises réformées de son royaume leur statut légal : c’est l’édit de Nantes qui laisse aux protestants du Bas-Poitou leurs places de sûreté de Fontenay, Maillezais, Talmont, Beauvoir et la Garnache et met à la charge de l’État une partie du traitement des ministres ; en revanche, la construction et l’entretien des temples incombent aux communautés. Le 21 décembre 1608, le nouvel évêque de Luçon, Armand- Jean Du Plessis de Richelieu, fait son entrée dans sa ville épiscopale. Animé d’intentions pacifiques à l’égard des protestants, il déclare, dans sa première harangue au peuple de Luçon : « Je sais qu’en cette compagnie, il y en a qui sont désunis d’avec nous quant à la croyance ; je souhaite en revanche que nous soyons tous unis d’affection. » Ce qui n’empêchera pas les Rochelais de saccager, une fois de plus, la cathédrale de Luçon en 1622 et l’évêque, devenu cardinal et ministre de Louis XIII, d’anéantir la ville de La Rochelle en 1628.

+Voir plus

La fondation du diocèse

crosse des abbés de Luçon (1)Au début du XIVe siècle, l’Église de Poitiers est en plein essor : l’accroissement du nombre des paroisses qui en est le signe sensible impose, en 1317, au pape Jean XXII le démembrement du diocèse. Deux abbayes bénédictines gérant, de longue date, un patrimoine religieux et foncier considérable sont promues au rang d’évêchés : Sainte-Marie de Luçon et Saint-Pierre de Maillezais. La bulle est datée du 13 août 1317 : le pape Jean XXII termine seulement la première année de son pontificat. Originaire de Cahors, il connaît particulièrement bien l’Église d’Aquitaine et ses problèmes : immenses diocèses modelés sur les « cités » gallo-romaines, ressources souvent insuffisantes, évêques trop indépendants, action pastorale très difficile à exercer. Le découpage de l’évêché de Poitiers est très inégal. La part de Luçon forme un ensemble cohérent, régulier, couvrant à peu près les deux tiers de l’actuelle Vendée ; son seul défaut paraît être l’excentricité du chef-lieu, paroisse frontière du sud-est. Loin d’annoncer les Deux-Sèvres ou la Charente-Maritime, la part de Maillezais n’est au contraire qu’un assemblage difforme, bizarrement étranglé vers la source du Lay où la paroisse de Saint-Pierre-du-Chemin constitue le seul lien entre deux moitiés hétérogènes, l’une atteignant Vihiers, l’autre descendant jusqu’à Rochefort. La commune limite des deux nouveaux diocèses chemine, du nord au sud, entre Treize-Septiers et la Bruffière, Châteaumur et la Pommeraie, Cheffois et la Tardière, Nalliers et Mouzeuil, Triaize et Champagné.chapiteauxeglise_maillezais (1)

Physiquement disparates, arbitrairement réunis, ces deux territoires ont cependant un point commun, un lien essentiel qui les caractérise depuis trois siècles et davantage : l’importance de la vie monastique ; vingt abbayes locales, trente abbayes extérieures ont façonné ce Bas-Poitou. La primauté du clergé régulier paraît alors incontestable et la création des deux diocèses en est l’éclatante confirmation. La mise en place des nouveaux sièges s’accomplit sans difficulté : les deux abbés sont nommés évêques sur place, les deux communautés monastiques deviennent chapitres réguliers, les deux abbatiales sont érigées en cathédrales.

Pour ce qui concerne Luçon, c’est un territoire depuis longtemps gagné au christianisme, déjà bien organisé, riche de quatorze abbayes, soixante-dix prieurés simples et 244 paroisses que le pape distrait du diocèse de Poitiers pour en confier la charge à Pierre de La Voyrie, dernier abbé de Sainte-Marie de Luçon et premier évêque du diocèse.

+Voir plus

Les grandes évangélisations

St PhilbertLe débarquement en Bretagne du moine irlandais Colomban, à la fin du VIe siècle, marquera le départ des grandes évangélisations dans le Bas-Poitou. À une règle de vie beaucoup plus sévère que celle de saint Benoît, Colomban ajoute un objectif nouveau : la « pérégrination pour Dieu ». Ses moines sont des missionnaires. Partis de l’abbaye mère de Luxeuil ou de celle de Rebais (près de Coulommiers), ils vont, sollicitant la collaboration des grands propriétaires sur les terres desquels ils s’établissent ; ils restent quelques années sur le domaine, y bâtissant une église, parfois un couvent, et y forment des disciples pour continuer, après leur départ, la tâche d’évangélisation.
Tombeau de St Philbert - église de NoirmoutierC’est précisément à Rebais que saint Philbert s’est imprégné de la doctrine spirituelle de saint Colomban dont il s’inspirera pour la Règle composite qu’il destine à ses fondations de Jumièges et de Noirmoutier. Fidèles à l’objectif colombanien de la pérégrination pour Dieu, les moines de Noirmoutier, du vivant de leur fondateur, essaiment sur le continent et, avec l’appui de l’évêque de Poitiers Ansoald, fondent les prieurés de Luçon et de Saint-Michel-en-l’Herm. De ces deux monastères devenus abbayes probablement à la fin du Xe siècle, les fils de saint Philbert se répandent à travers le Bas-Poitou, extirpant le paganisme vivace des campagnes, bâtissant des églises, fondant des paroisses. Il est curieux de remarquer que les moines de Saint-Michel, pour pénétrer dans ce pays encore sauvage et où les voies de communication terrestre étaient rares ou inexistantes, ont remonté le cours du Lay et de ses affluents, de Saint-Michel aux Herbiers par la Claye, Mareuil, Chantonnay et Saint-Vincent-Sterlanges, poussant une pointe jusqu’à la Verrie et Mortagne, fondant vingt-huit communautés chrétiennes qui demeureront dans le domaine et sous la dépendance de l’abbaye. En dehors de cet itinéraire fluvial, ils ont, à mi-distance de l’abbaye mère de Noirmoutier, fondé quatre autres centres autour de la Chaize-Giraud.

Le programme d’évangélisation de leurs frères de Luçon est moins facile à cerner puisque les vingt-trois prieurés-cures luçonnais sont très dispersés, de Fontenay-le-Comte à Challans et de Chaillé-les-Marais à Chavagnes-en-Paillers. Très clairsemés aussi, sauf dans le canton de Sainte-Hermine qu’ils ont évangélisé en entier, entre Luçon et Moutiers-les-Mauxfaits, et autour de Chauché.

Assurément, les soixante-dix paroisses relevant de Marmoutier, de Luçon ou de Saint-Michel ne remontent pas toutes à l’époque mérovingienne et leurs fondations peuvent s’échelonner jusqu’au lendemain des invasions normandes et à l’extraordinaire renouveau qui suivit les terreurs de l’an mille. Il n’en reste pas moins que l’évangélisation de près du quart de l’actuel diocèse fut l’œuvre des fils de saint Philbert et de leurs successeurs, prolongeant l’action de saint Hilaire et des deux saints Martin.

+Voir plus

Les origines du christianisme dans la région

St Hilaire st martin et st lienneLes origines de l’Église en France remontent aux missionnaires orientaux qui débarquèrent à Lyon au milieu du IIe siècle ; l’Aquitaine ne fut évangélisée que cent ans plus tard. Quant à l’Église de Poitiers, dont est issue celle de Luçon, ses origines sont si obscures qu’on ignore si saint Hilaire, qui devint évêque de ce diocèse vers 350, a eu ou non des prédécesseurs. Mais la Vendée, qui a dédié à saint Hilaire vingt de ses églises, le tient assurément pour son premier apôtre.

 

On attribue à l’action de l’évêque de Poitiers et surtout à celle de son disciple Martin, fondateur, à Ligugé, du premier monastère des Gaules, puis évêque de Tours, l’évangélisation du Poitou dans la seconde moitié du IVe siècle. À cette époque, la population urbaine de la Gaule est passée en Mort de St Martin de Vertou en 601 à Durivum (St Georges de Montaigu), entouré de ses moines (2)grande majorité à la religion nouvelle, mais l’évangélisation des masses rurales qui représentent les neuf dixièmes de la population est à peine amorcée. Dans son monastère de Marmoutier, d’où il s’échappait souvent pour des missions d’évangélisation, l’évêque de Tours forme des prêtres qu’il envoie en mission dans les campagnes poitevines. Les plus anciens centres religieux du diocèse de Luçon, Aizenay, Brem, Commequiers, Fontaines, Puybelliard, La Roche-sur-Yon, Saint-Germain-de-Prinçay, Sallertaine, Sigournais et Treize-Vents, sont des fondations des fils de Saint-Martin de Tours.

Les invasions barbares du Ve siècle et la décadence mérovingienne qui suivit freinèrent l’élan missionnaire et l’essor de l’Église dans tous les domaines. Cependant, le diacre nantais Martin, qui s’est familiarisé à Rome avec la Règle de saint Benoît, fonde un premier monastère à Vertou, puis un second à Saint-Georges-de-Montaigu d’où il envoie des missionnaires dans la région. À sa mort, en l’an 600, quatorze paroisses ont été fondées par ses religieux dans les environs de Montaigu, Tiffauges et Saint-Fulgent.

+Voir plus