Saint Hilaire

Le 13 janvier, l’Eglise fête Saint Hilaire. Evêque de Poitiers et docteur de l’Eglise, patron secondaire de notre diocèse, Hilaire a composé une célèbre prière pour demander la vraie connaissance des mystères de la foi afin de les annoncer.

Une belle prière pleine d’humilité que nous pouvons faire nôtre, afin d’expliquer en vérité, dans un monde connecté et communiquant, les trésors de la foi.

 

 

 

Apôtre des Gaules et grand théologien

Hilaire est né, entre les années 310 et 320, à Poitiers même, d’après saint Jérôme, ou dans la contrée angevine du Layon, d’après d’autres auteurs. Il a écrit de lui-même qu’il fut élevé dans l’idolâtrie et que, par degrés, Dieu l’amena à la connaissance de la vraie foi. Il se fit inscrire parmi les catéchumènes et reçut le baptême. Devenu évêque de Poitiers vers 350, il aura bientôt à prendre la défense du patriarche d’Alexandrie Athanase et de l’orthodoxie contre les ariens : ce qui lui vaut d’être exilé en Phrygie et lui donne l’occasion d’écrire, entre 356 et 359, ses douze livres sur la Trinité. Mais les ariens obtiennent de l’empereur qu’il renvoie en Gaule celui qu’ils lui représentent comme un semeur de discorde et un perturbateur de l’Orient. L’Eglise des Gaules, écrit saint Jérôme, fait un accueil triomphal à l’évêque de Poitiers. C’est à cette époque qu’abandonnant les ouvrages polémiques, il transcrit de sa main un exemplaire des Evangiles et compose ses hymnes et ses commentaires sur les psaumes. Au dire de saint Fortunat, Hilaire serait venu libérer l’île de la Dive, près de la pointe de l’Aiguillon, des serpents qui l’infestaient. Il est probable que son action en Bas-Poitou ne se borna pas à ce miracle et qu’il contribua activement à l’évangélisation de cette partie de son diocèse, dont neuf communes portent son nom et vingt-et-une églises l’ont choisi comme patron. Décédé à Poitiers le 13 janvier 368, Hilaire fut inhumé dans l’église des saints Jean et Paul, aujourd’hui Saint-Hilaire-le-Grand.

Affirmer la divinité du Christ

Conscient de l’ampleur de la tâche entreprise et des difficultés causées par la négation en vogue de la divinité du Christ, Saint Hilaire priait Dieu de guider son esprit et sa plume pour exprimer toute la Vérité. Sa prière contenue dans son œuvre fondamentale, le « Traité sur la Trinité » est un modèle du genre. L’exil en Turquie actuelle, il le dût à sa foi intrépide au Concile de Nicée (325), contestée par beaucoup de ses confrères gagnés à la cause « arienne » et partagée par l’empereur. Hilaire sut mettre à profit ce séjour forcé pour apprendre des théologiens orientaux notamment la doctrine sur le Saint-Esprit, et diffusée notamment par les « Pères Cappadociens » : Grégoire de Naziance et les deux frères Basile de Césarée et Grégoire de Nysse.

Hilaire révèle dans le texte de cette prière son humilité. Il implore l’aide de Dieu devant l’entreprise délicate : attitude foncièrement chrétienne que chacun est invité à faire sienne. A l’heure où la foi est remise en cause assez largement et où certains articles du Credo sont contestés, il est bon de s’inspirer de l’attitude de Saint Hilaire : que Dieu approfondisse et affermisse la foi de notre baptême, la rende plus précise et plus enthousiaste ! Que Saint Hilaire nous communique son zèle pour faire connaître « l’insondable richesse du Mystère du Verbe incarné » ! Qu’il nous stimule à témoigner de son Amour par nos cœurs et nos mains !

La prière de Saint Hilaire de Poitiers

Père, Dieu tout-puissant, j’ai bien conscience que c’est à Toi que je dois consacrer l’occupation principale de ma vie. Que toutes mes paroles et mes pensées s’entretiennent de Toi ! Car ce don de la parole que Tu m’as accordé ne peut pas me rapporter un plus grand bienfait que celui-ci : Te servir par la prédication et montrer qui Tu es. Tu es le Père, celui du Fils unique de Dieu. Je dois le montrer soit au monde qui l’ignore, soit à l’hérétique qui le refuse. Ma volonté n’a pas d’autre raison d’être ; du reste, je dois implorer la grâce de ton assistance et de ta miséricorde, pour que tu gonfles du souffle de ton Esprit les voiles déployées pour toi par notre profession de foi et que tu nous pousses dans cette course de la prédication. Car il n’est pas infidèle à sa promesse, Celui qui a dit : « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira « (Luc 11, 9).

« La foi nous soulève au-dessus de notre capacité naturelle de connaître »1

Étant pauvres, nous demanderons ce dont nous sommes dépourvus ; nous fournirons un effort acharné pour scruter la parole de tes prophètes et de tes Apôtres, nous frapperons à tous les accès d’une compréhension qui nous est fermée. Mais c’est à Toi d’exaucer la demande, d’accorder ce qu’on cherche, d’ouvrir la porte fermée.

Nous vivons en effet dans une sorte de torpeur, à cause de notre engourdissement naturel et nous sommes empêchés de comprendre tes mystères par une ignorance invincible due à la faiblesse de notre esprit. Mais le zèle pour ton enseignement fortifie notre perception de la science divine, et l’obéissance de la foi nous soulève au-dessus de notre capacité naturelle de connaître. Nous espérons donc que Tu stimuleras les débuts difficiles de cette entreprise, que Tu la fortifieras par une réussite croissante, que Tu l’appelleras à partager l’esprit des prophètes et des Apôtres ; nous voudrions comprendre leurs paroles dans le sens où ils les ont prononcées et employer des termes exacts pour rendre fidèlement les réalités qu’ils ont exprimées.

« Ce que nous croyons, accorde-nous de l’affirmer aussi »

De fait, nous allons parler de ce qu’ils ont proclamé dans le mystère : Toi, Dieu éternel, Père du Fils qui est éternellement Dieu ; Toi, l’unique à n’avoir pas eu de naissance, et l’unique Seigneur, Jésus-Christ, né de Toi par une naissance éternelle ; il ne faut pas en faire un dieu de plus, à cause d’une diversité qui est réelle ; on ne doit pas dire non plus qu’il n’est pas engendré de Toi, qui es le seul Dieu ; et il ne faut pas professer qu’il est autre chose que le vrai Dieu, lui qui est né de Toi, le Père, qui es vrai Dieu.

Accorde-nous donc le sens exact des mots, la lumière de l’intelligence, la noblesse du langage, l’orthodoxie de la foi ; ce que nous croyons, accorde-nous de l’affirmer aussi. C’est-à-dire, puisque nous connaissons par les prophètes et les Apôtres un seul Dieu, Toi, le Père, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, qu’il nous soit donné aujourd’hui, contre les hérétiques négateurs, de Te célébrer comme étant Dieu, mais non un Dieu solitaire, et de prêcher ce Dieu sans commettre d’erreur. Amen ».2

 

« Que je reste toujours fidèle à ce que j’ai professé »

« Fais, ô Seigneur que je reste toujours fidèle à ce que j’ai professé dans le symbole de ma régénération, lorsque j’ai été baptisé dans le Père, dans le Fils et dans l’Esprit Saint. Fais que je t’adore, notre Père, et en même temps que toi, que j’adore ton Fils; fais que je mérite ton Esprit Saint, qui procède de toi à travers ton Fils unique. Amen. ».3

 

Chanoine Christian Daleau avec Grégoire Moreau

1 – Les intertitres ne font partie de la prière, ils sont de la rédaction.

2 – Hilaire de Poitiers, Traité sur la Trinité, PL 10, 48-49

3 – Idem, 12, 57

 

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